La Belle entame une vie solitaire et irréelle dans le château enchanté de la Bête.
Chaque soir, la Bête apparaît et lui demande si elle veut l’épouser, question à laquelle elle répond toujours par la négative.
Et chaque soir, elle retrouve dans ses rêves le prince charmant qui la réconforte et l’assure de son amour. Elle découvre également le portrait du jeune homme, et le voit sur un tableau, ce qui est un progrès.
Une nuit, dans un rêve, elle parle au jeune homme de la proposition de mariage de la Bête et celui-ci lui répond: "Aime qui t’aime, ne te laisse point prendre aux apparences et délivre-moi." Ces paroles troublent la Belle qui rêve alors de la Bête assise sur un trône somptueux. Puis c’est le jeune homme qui prend sa place.
Elle fait ce même rêve chaque soir.
La Belle est reliée à son inconscient grâce à ses rêves: ceux-ci ont une fonction importante dans son acceptation progressive de la Bête.
Elle jouit aussi de distractions enchanteresses.
Elle vit le premier stade de l’amour: l’amour irréel, esthétique, idéalisé, merveilleux, où l’on rêve de l’autre tel qu’on aimerait qu’il soit et non tel qu’il est. Le jeune homme de ses rêves est le "prince charmant" et représente l’état amoureux avec ses aspects enchanteurs. Et la Belle ne voit la réalité qu’à travers des miroirs.
Le miroir donne de la réalité une image inversée, de même que la réalité est inversée dans le conte. Dans ses rêves, la Belle voit la Bête telle qu’elle est "vraiment", c’est-à-dire un prince. Et elle prend son apparence de bête pour la réalité.
Tout au long du conte, on trouve cette dialectique entre la réalité et les apparences, l’être et le paraître, les illusions et la vérité, dans un jeu de miroirs où la Belle doit apprendre à distinguer le vrai du faux, ses rêves de la réalité.
Elle voit d’abord l’aspect primaire et animal de la Bête. Cela est difficile pour une fille attachée à son père qui ne connaît rien des hommes. Mais en compensation, ses rêves lui montrent le vrai visage de la Bête sous la forme d’un prince charmant.
Psychologiquement, cela correspond au travail de l’analyse: la Belle doit accorder de l’intérêt à ses rêves et comprendre les messages qu’ils lui adressent.
La femme qui apparaît dans ses rêves est pour elle une figure maternelle positive.
À ce stade, la Belle n’est pas encore prête à l’amour véritable, qui suppose une totale acceptation de l’autre.