- Ce processus s’est parachevé plus tard, avec les "Lumières". La philosophie, dans son sens initial étymologique d’"amour de la sagesse" a cru pouvoir cohabiter avec la science moderne, mais cela s’est révélé impossible; cette dernière l’a évincée sans formalisme. C’est ainsi que les "Lumières", ouvrant la voie à la rationalité, ont tué les mythes, la poésie et la philosophie dans son acception originelle. Toute création a été bâillonnée par la nécessité de poursuivre un objectif utilitaire. L’imaginaire, les archétypes et images primordiales, et tout ce qui était de l’ordre du divin s’est vu reléguer à l’arrière-plan, refoulé dans l’inconscient.
Ainsi, les sociétés occidentales n’ont eu de cesse d’appauvrir les symboles, les remplaçant par le dieu de la science et la déesse de la rationalité.
Les religions elles-mêmes ont leur part de responsabilité dans ce processus: le protestantisme que vous avez cité s’est "débarrassé" des symboles les plus précieux pour la vie de l’âme.
Cependant, il reste d’autres traditions spirituelles susceptibles de ne pas nous laisser dépérir. La psychologie des profondeurs et l’inconscient collectif de Jung renouent avec la philosophie antique, les mythes anciens d’orient et d’occident et les oeuvres des poètes grecs, riches de leurs symboles universels.
- Malgré tout, je ne puis m’empêcher de me questionner: que subsiste-t-il de ces contenus symboliques nécessaires à la plénitude de notre être; de cet inconscient collectif riche, fructueux et infini? En serons-nous inexorablement dépouillés à l'avenir?
J’imagine une gigantesque matrice, qui a enfanté, au fil des temps, la conscience humaine. Puis cette matrice a engrangé peu à peu l’existence des êtres humains: leurs peurs, joies, souffrances, émotions, drames, croyances, expériences, découvertes, réalisations… Et cette mère universelle a donné naissance à ce "cadre" ou ces "empreintes", comme vous les appelez, qui résident dans nos profondeurs.
Comment rétablir le contact avec elles? Signer avec elles un nouveau pacte pour être à nouveau nourris et fortifiés?
Ne faut-il pas avant tout abandonner l’illusion de notre toute-puissance, de notre pouvoir absolu, ce mirage insensé qui consiste à croire que nous sommes les maîtres en notre "demeure", libres d’utiliser cette richesse inconsciente à notre avantage et pour notre profit?
N'oublions pas qu'une vaste partie de l’inconscient collectif restera à jamais insaisissable, ineffable et inconnaissable.