Les deux héroïnes du conte, Neigeblanche et Roserouge, vivent avec leur mère aimante dans une maison isolée. Elles mènent toutes trois une vie idyllique et paradisiaque. C’est le "vert paradis de l’enfance" où tout n’est qu’harmonie et innocence. Mais il semble que dans une telle vie, tout soit trop beau, parfait et idéal pour être vrai…
Les filles sont figurées par deux rosiers, un blanc et un rouge. Neigeblanche évoque Blanche Neige, avec sa pureté et son innocence; Roserouge symbolise l’amour, un amour enfantin et "sans épines". En réalité, elles vivent dans une "bulle" et n’ont aucun contact avec le monde extérieur, masculin notamment.
Psychologiquement, ces deux filles ont un complexe maternel positif: elles sont influencées par une mère très positive et sont sages, gentilles et surprotégées. Il ne leur arrive jamais rien de fâcheux, même lorsqu’elles prennent des risques. La nature semble les protéger totalement.
Les femmes qui ont un complexe maternel positif ont foi et confiance en elles, en vertu d’une identification à leur mère et ses qualités positives. Lorsqu’elles deviennent adultes, elles se comportent avec leur compagnon et leurs enfants comme leur mère, ont les mêmes intérêts, s’occupent de leur maison de la même manière, etc.
Cependant, une telle identification a également des effets négatifs: l’inertie, le conformisme, le manque d’évolution et de progression, la pauvreté intérieure, et particulièrement l’incapacité de se défendre contre la cruauté et la violence du monde.
Collectivement, ce conte est imprégné de culture occidentale patriarcale et chrétienne, et traduit un problème caractéristique de cette civilisation. Dans les sociétés patriarcales, le masculin et le féminin n’ont jamais eu de relation juste et équilibrée: il y a toujours eu des groupes de femmes où tout était harmonieux comme dans le conte, des petits "paradis" féminins; dans les familles, les femmes restaient entre elles et négligeaient les hommes; et vice versa.
Il semble que cette tendance réapparaisse dans notre société où l’on a érigé la mixité comme principe: il y a de nombreux réseaux féminins ou masculins nés ces dernières décennies, notamment par le biais d’Internet…
En y réfléchissant, cette différenciation n’est pas totalement négative: dans le conte, la vie de la mère et ses filles correspond parfaitement à la nature féminine, à l’essence du féminin. C’est une vie faite de beauté et d’harmonie, en relation avec la nature. Alors que l’homme rationnel et intellectuel a tendance à ignorer et à négliger cet aspect fondamental de la vie: la beauté, l’harmonie, la plénitude, la relation avec la nature...
Au début du conte, les 3 personnages féminins représentent l’incomplétude du chiffre 3 - le chiffre de la totalité étant le 4 qu’on cherche toujours à atteindre. Il y a ici une triade féminine où le 4ème manque, à savoir le masculin - qui pourrait être figuré par le père. Cela provoque un grand déséquilibre entre le féminin et le masculin inexistant.
Et ce sont les deux héroïnes qui devront rétablir l’équilibre en affrontant un masculin d’abord négatif avant de découvrir et d’assimiler le masculin positif.