- En effet, en tant qu’archétype du monde, l’arbre crée un lien indéfectible entre les mondes souterrains (chthoniens), terrestres et célestes. Et il unit tous les éléments: la terre se mêlant à son corps par les racines, l’eau circulant avec la sève, l’air nourrissant ses feuilles et le feu jaillissant de son frottement.
C’est ainsi que l’arbre est un puissant archétype de la vie elle-même. Il vit plus longtemps que l’homme, ce qui lui confère sa dimension fascinante, à la fois naturelle, symbolique et spirituelle.
Universel, l’arbre est présent dans toutes les civilisations, à toutes les époques, dans leurs religions, leurs mythologies, leurs traditions spirituelles, ésotériques, sous la forme d’arbres-pères, d’arbres-mères, d’arbres-totems, d’arbres-croix, d’arbres généalogiques… Il y représente la loi constante de la vie: la croissance, et le cycle toujours renouvelé de la naissance, la vie et la mort.
L’arbre a une symbolique androgyne: à la fois féminin-maternel et masculin-phallique - "phallique" chez Jung signifiant la libido et l’énergie vitale dans sa totalité et non exclusivement la sexualité.
Féminin et maternel, il est la fécondité inaltérable, le processus de l'éclosion, la matrice protectrice et sécurisante. Initiatrice aussi, car il s’y perpétue l'expérience de la renaissance.
Masculin, il est la force de l'enracinement par ses racines qui puisent dans la terre les nourritures nécessaires à son énergie, sa vigueur, la robustesse de ses branches.
Maternel à l’instar de l’arbre généalogique qui engendre les lignées, les hommes descendent de lui dans de nombreux mythes. Dans le mythe d’Isis et Osiris, Osiris est enfermé après sa mort dans un tronc de bruyère; Isis, son épouse-mère, le retrouve et le libère pour le faire renaître.
Arbre de vie, l’arbre maternel est aussi arbre de mort: dans de nombreux rites, les morts étaient inhumés dans des arbres creux, car ceux-ci étaient le lieu de la mise à mort ou de la castration par la mère. Atys s’émascule sous un pin, victime de la jalousie de Cybèle, sa déesse-mère. Pentheus (lié à Dionysos) est un jeune Grec dévoré de curiosité pour les fêtes secrètes des Bacchantes-Ménades. Une nuit, il se dissimule dans un pin pour épier les femmes en extase, dont sa propre mère. Le découvrant, celles-ci abattent le pin et la mère de Pentheus est l’une des premières à se jeter sur lui pour le tuer.
Lieu de sépulture où le mort est enseveli pour renaître, lieu de l’union entre la mère et le fils, l’arbre devient la matrice de la renaissance.
Quant à l’arbre mythique, il est l’arbre de vie du paradis dans les mythes de création: souvent un pommier aux fruits immortels. Dans le jardin des Hespérides grec, s’épanouissent des pommes d’or. Le paradis celte, Avalon (à l’étymologie proche d’ "apple", pomme), regorgeait de pommiers.
Le pommier a une importance primordiale dans la Genèse judéo-chrétienne. La croix chrétienne est considérée comme un arbre de mort qui se métamorphose en arbre de vie. Témoins les nombreuses figurations du Christ crucifié à un arbre vert gorgé de fruits.