"Que veux-tu ? demanda-t-elle à la fée.
- Je veux savoir ce qu’il faut faire pour libérer le prince du royaume de “Zombie” de la malédiction qui pèse sur lui.
- Ah, c’est donc pour cela que tu es ici, malheureuse! Je vois que tu es fée, et que tu ne sais pas à quoi tu t’exposes, car il n’y a qu’un seul moyen, et il te faudra pour cela renoncer à tous tes pouvoirs de fée.
- Et quel est ce moyen? demanda la fée avec inquiétude.
- Parvenir à conquérir le coeur du prince et à lui donner un baiser. Mais prends garde, tu ne disposes que de 28 jours pour cela, et si à l’issue de ces 28 jours, tu n’as pas réussi, tu mourras, ainsi que le prince.
- 28 jours! s’écria la fée, de plus en plus désespérée. 28 jours, mais ce n’est pas possible, voyons, c’est trop court! Comment pourrais-je me faire remarquer du prince en si peu de temps. N’y a-t-il pas moyen d’avoir un peu plus de temps?
- Non, répliqua la sorcière d’une voix glaciale. 28 jours, c’est tout. Mais tu as de la chance. Je crois savoir que le prince cherche en ce moment un fou pour le divertir. Peut-être acceptera-t-il une folle! A présent, je vais te révéler l’ultime condition, la plus difficile. Quand tu auras réussi à conquérir le coeur du prince et à lui donner un baiser, il faudra que tu disparaisses aussitôt et que tu renonces définitivement à lui. C’est la condition pour le sauver de la mort. Si tu ne renonces pas, tu mourras. Es-tu prête à accepter toutes ces conditions?
- Oui, murmura la fée, qui avait pâli. Oui, j’accepte tout. Mais le prince, lui, pourra-t-il m’oublier?
- Ne t’inquiète pas pour cela, dès que tu lui auras donné ton baiser, il sera transformé et il oubliera tout. Alors, es-tu prête à un tel sacrifice?
- Oui...
- Bien. Tu vas arriver ce soir-même au royaume du prince. Présente-toi aussitôt à lui comme le “fou” qu’il cherche, il t’acceptera car il n’y a pas d’autre “fou” disponible dans tout le royaume. Prends ce sablier: le sable s’écoulera durant 28 jours, et lorsque le dernier grain sera tombé, si tu n’as pas réussi, tu mourras. Va à présent."
Le soir même, la fée se présenta au prince comme “folle” venue d’un royaume lointain de femmes, et lui proposa de le divertir mieux que le meilleur des fous de tous les royaumes, et de l’aider grâce à sa sagesse dans toutes les affaires du royaume, ainsi que de lire son avenir et son passé dans les astres, et moult autres services que les fous rendent communément aux princes. Après quelque hésitation, le prince accepta que le “fou” fût une “folle”, et la fée s’installa dans une pièce près de sa chambre, le sablier à côté de son lit et sa plume magique à portée de la main.
Sa nouvelle fonction lui laissait beaucoup de liberté: le prince ne faisait appel à elle que le soir, aux moments où il était d’humeur taciturne et sombre et où il avait besoin d’être diverti et d’oublier le chagrin qui le rongeait. Mais n’ayant plus sa baguette magique, elle ne pouvait plus se métamorphoser en oiseau et voler à sa guise. Aussi, était-elle rivée au sol, au monde des humains, et ne pouvait-elle se rendre dans son cher royaume de lumière.
Les premiers jours, le prince ne lui prêta aucune attention. Il la faisait simplement asseoir dans un coin de sa chambre et vaquait à d’étranges occupations auxquelles elle ne comprenait rien. Et chaque jour, la fée devenait plus triste, car son univers enchanteur lui manquait cruellement, et elle ne trouvait aucune consolation en la compagnie de cet humain qui ne la voyait pas et semblait ne rien vouloir d’elle. Et il n’était pas rare que des larmes, amères à présent, lui montaient aux yeux. Mais le prince, perdu dans sa tour d’ivoire, ne se rendait compte de rien.
Puis, au bout d’une semaine, elle engagea timidement la conversation avec lui: elle lui parla du soleil, de la lune, des astres, des fleurs, des arbres et des mille charmes de son royaume, ainsi que de son père le magicien, le plus merveilleux des êtres de l’univers. Bien que le prince parût ne pas l’écouter, elle n’en continua pas moins à lui parler chaque soir, jusqu’à ce qu’il lui dît enfin un mot en levant les yeux sur elle.