Ce div est vraiment très destructeur: il dévore les êtres humains. L’unique issue pour la princesse est de le fuir en jetant des objets derrière elle.
Dans les sociétés païennes, jeter des objets derrière soi est un sacrifice offert au dieu chtonien (tel Hadès, dieu des enfers) qu’on ne doit pas nommer. Il s’agit d’un geste religieux envers les forces obscures que l’on ne peut pas regarder ni affronter.
Nous sommes encore conditionnés par la conception chrétienne qui nous contraint toujours à "tout affronter", à "faire face" à tout.
Mais sur le plan psychologique, ce n’est pas toujours la meilleure attitude. Il y a des forces sacrées, numineuses, divines, qu’il vaut mieux ne pas regarder en face. Par exemple, dans la Bible, il est interdit de regarder la destruction de Sodome et Gomorrhe qui est l’œuvre de Dieu: la femme de Loth n’ayant pas respecté cette règle est transformée en statue de sel. Dans ce genre de situation périlleuse, il est seulement possible d’offrir des sacrifices aux forces obscures. Cela signifie que l’on reconnaît leur pouvoir.
Cela est explicite dans la fuite de la princesse: elle doit offrir des sacrifices au div sans le regarder.
Il s’agit de trois objets en lien avec le féminin - la fleur, le peigne, le miroir - et le sel. À chaque fois que le div l’interroge, elle lui répond avec ruse, pour le tromper et prendre de l’avance sur lui.
La fleur jetée est un œillet, une fleur qui symbolise l’amour et les fiançailles, ainsi que le bonheur. Ici, l’œillet forme un chemin d’épines qui retarde le div et l’occupe.
Sur le plan psychologique, c’est comme si l’on occupait le masculin négatif par une activité qui neutralise son pouvoir.
Après l’œillet, la princesse jette le sel: en alchimie, le sel symbolise la sagesse, mais il est aussi piquant et rend l’eau de mer amère. Il est associé à la sagesse, à l’esprit, à l’amertume et à l’amour. Quand une femme est déçue en amour, soit elle devient amère, soit elle devient sage et développe son sens de l’humour et sa spiritualité.
Ensuite, la princesse jette le peigne: cet objet est en relation avec la mise en ordre des cheveux, c’est-à-dire l’organisation des pensées, les cheveux recouvrant la tête. Le peigne se transforme en montagne qui représente tout ce qu’une femme doit donner à son masculin pour qu’il la laisse tranquille.
Enfin, elle jette le miroir qui est un instrument de réflexion.
Le miroir nous renvoie l’image inversée de nous-mêmes, tel que les autres nous voient. Quand nous réfléchissons sur nous-mêmes, sur nos attitudes vis-à-vis des autres et leurs attitudes vis-à-vis de nous, nous apprenons à mieux nous connaître. Quand une femme se confronte à son masculin, en réfléchissant à l’influence qu’il a dans sa vie, celui-ci se noie dans ses propres réflexions. Mais elle-même est sauvée de la noyade.