Ils se quittèrent avec de grandes manifestations d’amitié. Peu après, Florio suivait le sentier indiqué par les bouleaux. Il était résigné à retourner chez lui. Son aventure était vraiment trop dangereuse. Il ne pouvait pas la poursuivre. Tant pis, il devait en prendre son parti. Il n’y avait pas de sapin dans cette forêt. On le lui avait assez répété. Et lui-même n’en avait pas vu. Donc, mieux valait ne pas rajouter sa disparition à la situation déjà misérable de sa famille.
Lorsqu’il eut marché quelques instants en se répétant tout cela, il s’arrêta net, pensif. "Non! frémit-il en levant les yeux au ciel où il vit une étoile cligner. Décidément non! Je ne rentrerai pas bredouille. Je veux trouver un sapin de Noël."
Il était décidé coûte que coûte à trouver un sapin, quitte à errer toute la nuit dans ce labyrinthe d’arbres magiques. Et d’un pas plein d’allant, sifflotant un chant de Noël, il quitta le sentier et s’enfonça davantage dans la forêt. Il marchait au hasard et ne se posait plus la moindre question. Il n’y voyait goutte et trébuchait sur les épaisses racines des arbres qui saillaient sous ses pieds comme de gros serpents sinueux. Il était complètement gelé. Les racines devenaient de plus en plus longues, se divisant de tous côtés, se rencontrant puis se séparant à nouveau.
Florio trébuchait à chaque pas et avançait de plus en plus péniblement. À tel point qu’il dut s’arrêter. Impossible d’aller plus avant. Il allait tomber et ne pourrait plus se relever. Un vent glacial soufflait à travers les branches et les faisait plier dans des formes grotesques. Leur enchevêtrement formait autour de lui comme une immense toile d’araignée où il se sentait prisonnier. Suffoquant, il cria:
"Au secours! Au secours! À l’aide! Aidez-moi, je vous en supplie!
- Qu’est-ce qui se passe à terre? hurla une voix tonitruante. Qu’est-ce qu’il y a? Qui se permet ainsi de me réveiller de mon long sommeil d’hiver? Répondez ou je vous transforme en poussière!"
Terrorisé, Florio réussit à se mettre sur ses genoux et leva les yeux. Il vit devant lui un baobab géant dont la tête se perdait dans le ciel. Il était incapable de prononcer un mot, plein d’effroi. Après un instant interminable, il réussit à articuler quelques explications.
"Je vous en prie, Seigneur Baobab, ne me punissez pas. Je suis venu dans votre forêt chercher un sapin de Noël pour ma famille qui est trop pauvre pour en acheter un. Et je me suis perdu. Pardonnez-moi, mais j’ai du mal à respirer à cause de vos branches qui m’étouffent. Ne pourriez-vous pas relâcher un peu votre étreinte, Seigneur Baobab, s’il vous plaît?
- Comment? Que dis-tu? Relâcher mon étreinte! Mais sais-tu bien qui je suis, petit insolent? Sache que je suis le roi de cette forêt magique qui est sans fin. Personne n’y a jamais pénétré, sous peine de mort.
- Excusez-moi, Seigneur Baobab, je ne savais pas…"
Il mentit un peu, car il connaissait les histoires racontées au sujet de la forêt.
"Dis-moi, reprit le baobab d’un ton moins sévère. Ce sapin de Noël est-il donc si important pour toi pour que tu braves ainsi la mort?
- Oui… gémit Florio dans un sanglot. Toutes les familles de mon village en ont un, qu’elles décorent et illuminent pour la nuit de Noël. Les cadeaux sont déposés à son pied. Mais, le plus beau des cadeaux est le sapin lui-même. C’est un morceau de forêt qui entre dans la maison. Un arbre si beau, si riche, qui ne meurt jamais et garde toujours ses aiguilles. Quand on le décore, il éclaire toute la maison, comme un ciel étoilé.
- Ne serais-tu pas un peu poète, mon garçon? demanda le baobab avec une petite grimace qui pouvait passer pour un sourire. Écoute-moi bien. Jamais personne n’est venu jusqu’à moi et ne m’a réveillé un soir d’hiver. Cela mérite la mort. Mais, j’admire ton courage et ta générosité. Ce sont des qualités rares qui méritent une récompense. Aussi, je vais te libérer. Retourne sur ton sentier et poursuis ta route. Qui sait? Peut-être trouveras-tu ce que tu cherches. Mais prends garde! Si à l’aube tu n’as pas trouvé et si tu n’es pas sorti de la forêt magique, tu en resteras prisonnier éternellement et tu mourras. As-tu bien compris?
- Oui, Seigneur Baobab. Je vous remercie de tout cœur de me libérer. Je suivrai vos conseils. Adieu, et encore merci! répondit Florio avec soulagement en s’éloignant d’un pas rapide."