Dans son arbre, la jeune fille est "découverte" par les chasseurs du roi. Pour éviter de parler, elle se dépouille peu à peu de ses vêtements.
En la voyant, le roi tombe amoureux d’elle et en fait son épouse. Elle a 3 fils.
Malgré son mariage, elle doit continuer de garder le silence pour rester fidèle à son serment. Elle aussi mène une double vie, comme le roi son père. Elle est à la fois reine, épouse et mère, tout en continuant de travailler intérieurement à la libération de ses frères, grâce à sa vie spirituelle silencieuse.
Une telle attitude a des conséquences négatives sur sa vie extérieure. Elle provoque des malentendus et des critiques de la part de son entourage, notamment de sa méchante belle-mère, une seconde marâtre qui est en lien avec la première. La présence d’une seconde marâtre signifie que le problème n’est pas encore résolu.
L’attitude négative de la belle-mère et la figure de la marâtre apparaissent dans les contes au milieu du XIIIème siècle environ.
Sur le plan psychologique, une telle situation est en général provoquée par un complexe paternel ou maternel. Mais dans ce conte, il s’agit davantage d’un conflit entre la vie extérieure et la vie intérieure: un conflit courant chez les êtres humains, surtout dans des périodes de crise, de régression sociale où il est difficile à l’individu de s’adapter aux valeurs perverties d’une société.
La reine trouve le courage de rester fidèle à elle-même et demeure muette, bien que la marâtre l’accuse de tuer ses trois enfants et les lui enlève.
Cette situation est caractéristique de ces moments de notre vie où nous sommes tiraillés entre une certitude intérieure et la nécessité d’une vie intérieure, et la vie extérieure et les conseils des autres qui nous accusent de vivre dans l’imaginaire, l’illusion et les rêves…
Il est très difficile de rester fidèle à cette certitude en nous qui nous dit que nous suivons la bonne voie. Par exemple, lorsqu’une femme aime un homme qui la déçoit, une voix en elle lui enjoint de quitter cet homme, qu’il est absurde et destructeur de souffrir pour lui; mais une autre voix peut lui souffler qu’elle projette son masculin sur cet homme et qu’elle a quelque chose à vivre et à comprendre dans sa relation avec lui, malgré son aspect frustrant. Il lui faut alors beaucoup de courage et de discernement pour écouter sa voix intérieure juste.
La maturation d’une femme passe par toutes ces étapes: on ne peut jamais savoir ce qui est vraiment juste, l’essentiel étant de préserver le secret de notre vie intérieure et d’empêcher la vie extérieure de détruire ce qui est destiné à advenir en nous.
"Laisser advenir" les processus psychiques était la conception de JUNG, proche des philosophies orientales (Tao), plutôt que de se contraindre par une volonté factice.
"Dans le domaine psychique, dit-il, il faut pouvoir laisser advenir. C’est pour nous un art véritable auquel quantité de gens ne comprennent rien; leur conscient ne cesse d’aider, de corriger et de nier, de multiplier les interférences et, dans tous les cas, il ne peut laisser en paix le pur déroulement du processus psychique."
Dans ce conte, la jeune reine a cette attitude de laisser advenir: elle va d’ailleurs si loin qu’elle est condamnée à être brûlée vive comme sorcière. Jusque sur le bûcher, déchirée par une souffrance intense, elle reste fidèle à elle-même.