Des morts et des naissances, j’en ai connu de nombreuses, mais jamais aussi bouleversantes que cette nuit où le temps semble s’arrêter et où, enfin, la mort m’apparaît comme infiniment douce et souhaitable. La mort de tout ce qui n’appartient pas à ma destinée.
Cette perception est si ardente, radieuse et pleine de promesses que je la souhaite à toutes mes âmes-soeurs. Certaines d’entre elles l’ont déjà connue, d’autres ont effectué le saut définitif dans l’inconnu. Je la souhaite particulièrement à celles qui ne l’ont jamais vécue ou affrontée. Je la souhaite à celles qui sont appesanties par l’effroi qui les guette face au vide et à l’abîme, leurs ailes rognées par cette crainte.
A mon âme fragile également, que je sens palpiter et tressaillir au fond de moi, et qui est encore effrayée à l’idée de se dévoiler au grand jour. Enfin à l’Esprit, celui que chacun de nous est amené à découvrir à la croisée d’une mort et d’une naissance.
J’ai marché au crépuscule à la lisière du bois. Il faisait sombre, tout était calme et paisible. Il y avait peu de gens, de temps à autre une silhouette se hâtant de retourner vers la lumière de la fête. Tout le monde se préparait au divertissement avant que ne s’achève l’année, le siècle, et le millénaire.
J’étais heureuse d’être seule et de communier ainsi avec mes âmes-soeurs, d’écouter le silence, et de me sentir doucement mourir avec l’année, sans nostalgie ni douleur, mais avec émotion.
Je me sentais semblable à ces arbres dans la forêt clairsemée: ceux qui sont restés enracinés après la tempête, même si solitaires et frileux, ils souffrent de n’avoir plus auprès d’eux les compagnons dont les racines s’emmêlaient aux leurs dans une fraternelle union. Et ceux qui, dans l’ombre, évoquent des cadavres de géants à demi ensevelis. Semblables à des squelettes désarticulés gisant dans la terre molle.