- Que pensez-vous de cette "route sans fin", accompagnée par 4 vers, dessinée par Jung dans son extraordinaire journal, "Le livre rouge"?
Je suis très impressionnée par cette nef rouge qui vogue harmonieusement sur une mer verte où se terre un monstre. Mais le navigateur ne semble en avoir cure. Il se tient à gauche de la nef (du côté de l'inconscient) et rame avec calme et fermeté.
Que peut bien signifier ce monstre inquiétant? Il se trouve dans l’inconscient - la mer étant un symbole de l’inconscient.
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Cette route me fait penser au chemin emprunté par les explorateurs à la découverte de l’Amérique, vérifiant que la terre n’était pas plate, mais ronde, et qu’au bout de la ligne d’horizon, on ne tombait pas dans le vide.
Ce chemin est-il dangereux? Dans son dessin, Jung, "L’homme à la recherche de son âme", entreprend son odyssée intérieure, tel Ulysse; ou tel Dante en quête de sa Béatrix, errant de l’Enfer au Paradis sur des chemins semés d’embûches.
Toutefois, le navigateur Jung ne s’engage pas dans cette aventure sans s’y être préparé. Il a façonné son bateau avec soin, emportant l’essentiel, sachant qu’il aura à affronter les déchaînements des éléments et de multiples difficultés.
En ce qui concerne le monstre dont vous parlez, il n’est pas si terrible. Ne nous fions pas aux apparences! Il est un contenu de l’inconscient et un symbole. Et, en tant que tel, il convient d’en considérer l’autre face, la face lumineuse.
Le monstre n’est dangereux que pour celui qui ne veut pas admettre l’existence de l’inconscient en tant que puissance autonome de notre conscience et de notre volonté. Mais, dès qu’on le reconnaît et qu’on lui donne une forme ou un nom, on l’apprivoise.
Par ailleurs, la symbolique des couleurs de ce dessin est riche de sens: le rouge, couleur du sang, de la vie, du bouillonnement des passions, du soleil brulant dévastateur lorsqu’il est à son zénith; le vert, constitué du bleu et du jaune, alliant le froid et le chaud; ce bleu de la mer, de l’eau, source de vie et de fécondité; le jaune, promesse d’un lever de soleil tempéré, qui fait naître le limon fertile et la vie.
L’herbe n’est-elle pas verte? La terre a besoin de l’eau et du soleil pour que croisse la vie, de même que la psyché a besoin de sources de lumière pour découvrir l’inconscient et l’intégrer.
Quant au monstre, il ne faut surtout pas le tuer, ni l’engloutir, mais au contraire se laisser absorber par lui, comme Jonas par la baleine, en toute conscience.