A sa vue, il soupirait, triste à en mourir, et des larmes coulaient sur ses joues de monstre. "Si seulement, se disait-il, je parvenais à entrer dans cette maison. Je suis sûr que je serais libéré du sort terrible qui m’a frappé et de cette carapace de monstre qui me rend hideux."
Une nuit où il était tapi dans le jardin des fées, songeant à sa vie sans espoir, il entendit un bruit de branche brisée qui le fit tressaillir. Il se retourna vivement et vit le nain Croclit s’avancer lentement, entouré de sa troupe de loups noirs. Leurs yeux brillaient avec cruauté dans la pénombre et leurs crocs étaient menaçants. Immobiles, leurs oreilles seules vibraient.
Aldwali fut très effrayé. Il désira s’enfuir. Mais il était trop tard. Il comprit, en voyant la plaine lune s’élever dans le ciel, que sa dernière heure était venue. Alors, il se jeta sur les loups avec courage et en blessa quelques-uns. Mais ils étaient de plus en plus nombreux à se ruer sur lui, le mordant, le griffant douloureusement. A bout de forces, il finit par perdre connaissance et s’effondra dans l’herbe. Triomphant, Croclit s’assura de sa mort et se détourna de lui. Entouré de ses loups, il partit en cortège à travers la forêt, célébrant sa victoire sur le pauvre Aldwali.
Pendant ce temps, la lune pâlissait et le jour se levait sur les cadavres des loups morts et la dépouille d’Aldwali. Brusquement, un bras remua, une tête bougea. Aldwali reprenait lentement connaissance. Etonné d’être encore en vie, il regarda autour de lui et vit l’aube poindre à travers les feuillages. "Vite, vite! se dit-il affolé, si le soleil paraît, je vais mourir!"
A grand-peine, il rampa d’arbre en arbre, de buisson en buisson parmi les ronces qui lui griffaient le visage. Les étoiles avaient disparu, quelques oiseaux faisaient entendre leurs premiers chants, le jour serait bientôt là. "Jamais, je n’y arriverai…" murmura Aldwali épuisé. Il était blessé partout et perdait beaucoup de sang. Mais il ne s’arrêtait pas. Enfin, après un ultime effort qui lui coûta des cris, il s’engouffra dans sa grotte et tomba sur sa couche de branchages.
Pendant ce temps, la fée Violaine et ses soeurs s’étaient réveillées. Comme chaque matin, elles sortirent dans le jardin. Il ne restait rien de l’horrible combat de la nuit. Sur l’ordre de Croclit, les loups avaient pris soin de faire disparaître toute trace de cet horrible affrontement. Rien ne laissait penser que ce jardin paisible avait été le champ d’une bataille sanglante. Rien, sinon quelques gouttelettes de sang presque séché qui rougissaient une feuille, aux pieds de Violaine. Baissant les yeux, elle poussa un cri de surprise et s’agenouilla pour examiner la feuille tachetée de rouge. Elle observa les environs et découvrit d’autres taches qui menaient dans la forêt. Cette forêt mystérieuse où elle ne s’était jamais aventurée, car on la disait enchantée et maudite.